Aux Etats-Unis, le permis de conduire se passe à l’école, et à 16 ans tous les ados conduisent, quand ils n’ont pas déjà leur propre véhicule. Aux Etats-Unis, l’étalement urbain fait que le temps quotidien passé en voiture est considérable. Et, comme partout dans le monde, les teenagers sont de grands consommateurs de téléphones mobiles et utilisent largement les textos, qui ont donc plus de probabilités qu’ailleurs d’être écrit depuis une voiture, et dans bien des cas… en conduisant.

C’est sur ce constat là que s’appuie la judicieuse campagne de la compagnie d’assurance Liberty Mutual que nous vous présentons aujourd’hui. Un campagne surprenante à plus d’un titre. D’abord, elle ne s’adresse pas aux ados, mais à leurs parents, en leur intimant de dissuader leurs enfants d’envoyer des textos au volant, et car ça reste eux les souscripteurs des assurances auto. Ensuite, le traité est tout en métaphores et suggestions. Jouant sur des plans fixes urbains illustrant des lieux d’accidents automobiles. Le véhicule accidenté est substitué au profit de grosses lettres composées de blocs de pierre s’effritant lentement. Ces lettres sont des exemples des acronymes les plus courants utilisés dans les textos des teens, OMG (oh my god), BTW (by the way)… Un parti-pris visuel incitant à la réflexion en axant sur le « non-dit visuel » qui s’avère moins repoussant et anxiogène qu’une mise en scène spectaculaire d’un drame de la route.

Enfin et surtout, on est plus habitué à ce que le commanditaire de ce type de campagne soit un organisme public. Car c’est un message d’ordre public. En France, cette campagne aurait été l’oeuvre de la Prévention routière. Et ici, c’est une entreprise privée, une compagnie d’assurance qui en est l’émettrice. Ca c’est nouveau : un acteur privée qui préempte un territoire de politique publique. Liberty Mutual ne vend rien, mais se positionne en tant qu’acteur du débat public, avec la signature « Responsabilité : quelle est votre politique ? ». C’est innovant, citoyen et typiquement américain. C’est dans la droite ligne de l’outsourcing des services publiques de l’Etat au privé…