Les vins de bordeaux s’ouvrent au dialogue avec le grand public. Hautains, bourgeois, snobs, surcotés, les vignobles bordelais ont longtemps pâtit d’une image arrogante vis-à-vis des autres AOC et non initiés.

Eux-mêmes d’ailleurs se contemplaient béatement dans leur statut inébranlable de « meilleurs vins du monde », alors que dans le même temps les vins du nouveau monde et autres terroirs exotiques gagnaient en qualité, réputation et parts de marché.

Alors aussi que des pans entiers de nouveaux consommateurs se développaient notamment chez les nouvelles classes supérieures des pays émergents, mais aussi chez les anglo-saxons, les jeunes, les femmes…

Face à cela, les bordelais restaient campés sur leurs positions traditionnelles, pensant à tort que l’affreux marketing n’était pas pour eux. Nos vins ne sont pas des produits mais des (chefs d’) oeuvres.

Oui mais voilà, les certitudes sont faites pour être bousculées et le vin, mondialisé, est devenue une grande industrie, à l’image du luxe.

Alors, le Comité interprofessionnel des Vins de Bordeaux décida de lancer une plate-forme web censée offrir plus de proximité et d’échanges avec le grand public, autour du nom de domaine (marque ?) « Bordeaux Autrement ». Par ce nom signifie t’on la volonté de vouloir en finir avec les clichés et cette image hautaine – traditionnelle ?

Pourquoi pas, sauf que « Autrement », c’est aussi le nom d’une collection de vins bios du sud de la France largement distribués en grande surface. Espérons que cette dénomination ne causera aucun malentendu…

Venons-en au site. Une page d’accueil à dominante bordeaux, jaune canari et fuchia. Plutôt qu’une palette de couleur qui se veut tendance, il aurait été plus pertinent de jouer l’intemporalité.

Le logo. Ou plutôt les logos. D’abord une pastille rose avec le mot « Bordeaux » inscrit dedans, et un « B » à la manière d’une signature. Ensuite, le titre fait d’un nom peu lisible et qui vibre, au centre un dessin de château stylisé.

Pourquoi pas le château, c’est effectivement un symbole fort des vins de bordeaux, présent sur chaque étiquette de bouteille de vin. Mais « Bordeaux étant une marque mondiale, le plus judicieux aurait été d’en faire un fort un logo mieux construit à l’identité plus forte et valorisante.

De plus, l’ajout une baseline aurait permis de positionner le site et de permettre au visiteur d’en cerner immédiatement la finalité. S’ensuit une direction artistique et une mise en page cheap et bas de gamme, qui en s’éloignant des codes habituels des vins n’en crée aucuns de nouveau.

Quand à la structure, celle-ci n’est pas forcément très limpide. Le contenu, lui va on s’imagine s’enrichir avec le temps. Un bon point cependant pour la rubrique de foire aux questions dans laquelle les oenologues répondent aux internautes.

Manque aussi, des versions en langue étrangère, curieux pour des produits de renommée mondiale.

Bref, une bonne volonté de base, mais un traitement tout à fait décevant. Vouloir se départir d’une image élitiste ne veut pas dire se travestir en adoptant des codes qui ne nous vont pas.

Une forme plus élégante et statutaire aurait mieux convenu. Il aurait été bienvenue de faire un benchmark de ceux que font les acteurs du luxe sur internet pour s’inspirer des best practices.

A l’heure du brand content et du storytelling, et surtout, au vu du potentiel évocateur des vins de bordeaux, on aurait aimer que l’on nous fasse rêver, que l’on nous raconte une histoire, avec un vrai ton éditorial. Au final, une ambition légitime mais un résultat vraiment très décevant.

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