Vous avez certainement remarqué la dernière campagne de sensibilisation de la Fondation Abbé Pierre contre le mal-logement. En choisissant cette année de mettre l’accent sur les enfants qui souffrent de conditions de vie indignes, la fondation cherche à provoquer le malaise en jouant sur le voyeurisme, la culpabilité et la honte.

Ainsi l’affiche nous prend en témoin d’une scène de vie ordinaire, à savoir une bêtise causée par un enfant qui se sait en défaut. Le décalage entre la scène (la bêtise) et la situation (le taudis) est totalement indécent, et crée la force de cette campagne. La démonstration est littérale, immédiate, sans aucun second degré. Pas besoin de créer une illusion publicitaire ni de renforcer la réalité, elle se suffit à elle-même dans sa pénibilité.

Quand au timing, il est parfait. Pile pour les fêtes de fin d’année et surtout, parce que la campagne en appelle aux dons, à temps pour pouvoir les déduire fiscalement de la déclaration 2010. Surtout, en arrivant en fin d’année, elle clôt opportunément une année noire pour le logement et l’immobilier en général. Avec une flambée des prix de 20% sur une année à Paris, le sujet est devenu douloureux pour tous et le mal-logement est devenu une vraie cause grand public, nous guettant tous plus que jamais…

D’ailleurs, le choix des prénoms (Théo et Manon) est intéressant. Pourquoi avoir choisi 2 prénoms, très français blanc bcbg, qui sont parmi les plus donnés actuellement ? Est ce ceux que l’on trouve chez les enfants mal-logés ? Est-ce comme pour signaler que cela peut arriver à tout un chacun et pas qu’aux plus défavorisés ?

Enfin, en ces temps on l’on ne jure plus que par le digital, cette campagne nous rappelle la puissance que l’affichage peut avoir quand il est bien fait. Ce media reste la quintessence de la publicité, ainsi avec 7 mots et une image couchés sur du papier on peut retourner les foules. Le format de l’affiche absorbe notre champ de vision et a une faculté d’interpellation pas encore démentie. Les mots sont des balles et l’affiche son revolver.

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