Le concept de « dead drops » (littéralement « boîte à lettre morte ») a été inventé par les agents secrets dans les années 60. Il consistait en des cachettes anodines servant à dissimuler et échanger argents, armes, infos secrètes, etc.

Fin 2010, Aram Bartholl, artiste allemand résidant à New York, remet l’idée au goût du jour en remplaçant ce principe de cachettes par des clefs USB scellées dans les murs de la ville, et dans lesquelles sont stockées toutes sortes d’informations destinées à être échanger entre anonymes. Il suffit de brancher son PC portable pour accéder au contenu. Une sorte de réseau Peer-to-Peer offline et informel.

Le projet est relayé sur le web et commence à se disséminer à travers les villes du monde. Une carte permet même de localiser ces clefs. Il en existerait déjà une vingtaine à Paris mais aussi à Saint Malo, Lyon, Limoges, Toulouse…

En plein débat sur la surveillance des réseaux, la mise en place de l’Hadopi, etc, le projet de Bartholl montre encore une fois que le partage de données ne pourra jamais être totalement contrôlé.

Au-delà de l’aspect militant de la démarche, cela démontre une fois de plus la porosité grandissante entre vie virtuelle et réelle. Les réseaux se développent chaque jour de plus en plus et des points d’accès sont désormais disponibles au coin de la rue. Évidemment certains pointent le danger de transmission de virus et certaines utilisations à des fins malveillantes. Nous verrons bien l’usage qui en sera fait.

L’initiative est en tout cas très intéressante et ouvre de nombreuses utilisations possibles. On pourrait imaginer un réseau de clefs couplées à une application de géolocalisation ou encore à des utilisations de réalité augmenté.

Dans le même ordre d’idée, la « Raspouteam », une équipe d’activités parisiens, a récemment disséminés dans la capitale des plaques en céramique représentant des QR code lisibles via un smartphone. L’idée : placer un QR code dans chaque lieu de Paris où s’est déroulé un « désordre » : la Commune, Mai 68, etc.

Toutes ces actions utilisant la technologie font irrémédiablement penser au travail de l’artiste de street art « Space Invader », qui depuis des années installe ses créations à carreau dans toutes les villes du monde. Une sorte d’invasion artistique et utopique.

De la même manière que les moyens « hors-média » permettent à la publicité de s’affranchir des contraintes d’emplacement et d’achat d’espaces liés aux médias conventionnels, on assiste à travers ces actions à une réappropriation de l’espace urbain par des anonymes. Un nouveau terrain de jeu. On imagine les opportunités que cela offre en terme de communication pour des marques malignes qui pourrait ainsi reprendre ces moyens à leur compte.

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