Nous avions déja fait en janvier dernier l’analogie entre la stratégie de création de communautés de fans par les marques et les clubs de supporters des équipes de foot. C’est désormais Nike qui la prend à son compte à travers la gigantesque action développée autour du centenaire du club brésilien des Corinthiens.

Partant du constat que le club fédère 30 millions de fans autour de lui, soit une population virtuelle qui en ferait le 29ème pays le plus peuplé du monde, bien devant l’Australie ou le Portugal par exemple, Nike a poussée la logique jusqu’au bout en décidant de créer une véritable nation virtuelle autour des Corinthiens, la « République populaire des Corinthians ».

Pour ce faire, l’équipementier sportif a transposé au club de foot l’ensemble des attributs constitutifs d’une nation souveraine. Drapeau (le plus grand du monde, déployé dans les stades lors des matches), constitution (publiée dans la presse brésilienne), certificat de naissance, passeport (avec un tampon apposé à chaque match), monnaie (permettant d’obtention de réduction sur le merchandising du club), lettre d’amnistie (pour intégrer les fans d’autres équipes) et bien sur un président de la république, en la personne de… Lula, l’ex président du Brésil !

Evidemment le succès populaire fut immense et les retombées presse colossales, et Nike livre ici une leçon magistrale à tous les community managers. On peut aisément imaginer ce dispositif transposable à d’autres clubs de foot majeur, ce qui pourrait à terme donner lieu à l’existence d’un monde parallèle…

Néanmoins, si la marque est la première à créer une action de cette ampleur, des précédents existent. Il y a quelques années, des fans de Starwars avait déjà voulu créer leurs propres papiers d’identités Jedi. On peut aussi citer l’exemple de la principauté de Sealand au large de l’Angleterre.

Ainsi aujourd’hui, avec la pléthore d’outils de mise en relation entre individus, n’importe quelle marque ou entité à très fort potentiel d’appartenance a les moyens de fédérer ses supporters autour de valeurs communes. On va certainement assister à beaucoup de nouvelles initiatives d’individus désireux de s’affranchir plus ou moins virtuellement des barrières et contingences réelles pour se retrouver autour de groupes autonomes. Lesquelles pourront rendre hommage à Hakim Bey qui dès 1991 conceptualisa l’idée de « zone d’autonomie temporaire ».